Le rapport de l’IGAC sur le photojournalisme (suite)

par Ametjp  -  8 Septembre 2010, 07:47

communiqué du SNJ-CGT suite à la publication de ce rapport.

 Le rapport Balluteau : une mise à mort du statut social et économique du journaliste et, par conséquent des reporters-photographes

En présentant « quatre mesures en faveur du photojournalisme » à Perpignan, le ministre de la culture et de la communication a tenté de dissimuler l’essentiel : le rapport de l’inspection générale des affaires culturelles est une véritable agression contre le statut social et économique du journaliste et, par conséquent des reporters-photographes. Quelques « mesurettes » comme l’accès des reporters-photographes au fonds de modernisation de la presse (au moment où le gouvernement s’apprête à « raboter » l’allocation pour frais d’emploi des journalistes), le concours national pour les jeunes professionnels pour déceler les talents, les commandes publiques et aux festivals (au moment où ces aides sont elles aussi « rabotées » au nom de la Révision générale des politiques publiques, la RGPP) et le développement du mécénat autour de la photographie de presse (au risque de subordonner le contenu de l’information aux grands groupes et à l’industrie du luxe) ne doivent pas masquer l’essentiel.

Les mesures essentielles avancées par le rapport de l’IGAC sont d’une autre nature. La presse écrite serait plongée dans une crise sans précédent ; le constat est scandaleux quand on sait qu’il émane du SPMI, l’organisation patronale des grands groupes de presse magazines où les profits sont à deux chiffres.

Il est également affirmé que la publicité est en recul, alors qu’aujourd’hui il est avéré que les investissements publicitaires reprennent. Le rapport reconnaît que le nombre de reporters-photographes régresse de façon inquiétante et que leur niveau de rémunération les place en en situation de « difficulté financière et sociale certaine ». Il était difficile de taire cette réalité.

L’ordonnance délivrée par le ministre de la culture et de la communication pour guérir la profession ne conduira qu’à une aggravation de la santé des reporters-photographes car elle est largement écrite par les patrons de presse, à l’origine de tous les maux. En effet, les mesures visent toutes à « libéraliser » davantage le secteur et, en premier lieu, à s’affranchir d’une disposition majeure du code du travail arrachée de haute lutte par les syndicats de journalistes le 4 juillet 1974, la loi Cressard (du nom du député UDR à l’origine de son dépôt). Celle-ci instaure une présomption de lien de subordination entre le journaliste pigiste et l’entreprise de presse qui s’assure son concours. Cette disposition est insupportable aux patrons de presse depuis 36 ans et aujourd’hui, profitant du climat ambiant de remise en cause de tous les acquis sociaux, ils estiment qu’il est temps de rapporter cette loi.

Le reporter-photographe : un simple « pousse bouton » ? Si le rapport estime qu’il est urgent de fixer un barème minimum pour les piges, la négociation sera bientôt de pure forme car, dans le même temps, le SPMI s’oppose « à un seuil minimum d’achats ou de tarif minimum de la photo » ; il l’estime « ni envisageable, ni souhaitable pour les agences ». Les reporters-photographes, le plus souvent rémunérés en pourcentage sur les ventes, verront donc leur part amputée au nom de la liberté du marché. Le rapport, s’il reconnaît que les photographies sont des œuvres de l’esprit, ne cite que deux décisions favorables aux patrons les plus rétrogrades qui considèrent que le reporter-photographe n’est qu’un simple « pousse bouton ». Il omet de citer les jurisprudences favorables aux reporters-photographes. Est-ce un hasard ? Le rapport met en cause toutes les entraves à la libre réutilisation des photos par les entreprises de presse et se prononce pour l’adoption d’une définition de la « famille cohérente de presse », une notion sortie des Etats généraux de la presse, combattue par les syndicats de journalistes et anticonstitutionnelle.

Le but fixé à l’IGAC étant de remettre en cause le statut de journaliste des reporters-photographes, le contenu de son rapport n’étonne même plus les syndicats de journalistes. Ce que le SPMI et le SPQR n’ont pas réussi à obtenir à l’issue des Etats généraux de la presse, ils tentent de l’obtenir de la mission photographique du ministère. Deux de leurs principales exigences sont avancées par le rapport : il faut revoir les critères d’attribution de la carte d’identité des journalistes professionnels en prenant en compte « les seuls critères déterminés par la loi ». Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites.

En effet, il s’agit de permettre l’attribution de la carte d’identité aux « auto-entrepreneurs ». Donc, de s’exonérer de tout lien de subordination et de toute contribution sociale. Les patrons ont trouvé un allié en la personne de M. Guerder, le président de la commission supérieure de la CCIJP. Le rapport s’appuie aussi sur un arrêt de la Cour européenne de justice du 15 juin 2006 concernant les artistes du spectacle au nom de la prétendue « libre circulation des prestataires de service ».

Jamais les patrons n’étaient allés aussi loin dans leur volonté de déréglementer les relations sociales.

Jamais un ministère de la culture et de la communication ne s’y était prêté d’aussi bonne grâce. Car, qu’on ne s’y trompe pas, la remise en cause du statut des reporters-photographes n’est que le prélude à la remise en cause du statut pour tous les journalistes. Il ne s’agit aujourd’hui que de la préparation d’une offensive libérale de plus grande ampleur.

Frédéric Mitterrand osera-t-il marquer son passage rue de Valois par ce recul social sans précédent, ramenant le journaliste avant l’adoption du statut de 1935 ? Le SNJ-CGT dénonce toute cette opération de justification de décisions déjà décidées dans le secret des cabinets ministériels. Il demande une véritable concertation où chacun pourra être écouté et entendu. Dans une démocratie digne de ce nom, un ministère (ou un appareil d’Etat) ne peut être confisqué par les seules organisations patronales.

 

 

 

Montreuil, le 31 août 2010 Syndicat national des journalistes CGT 263, rue de Paris – Case 570 – 93514 Montreuil Cedex Tél.: 01 48 18 81 78 - Télécopie : 01 48 51 58 08 - Courrier électronique : snj@cgt.fr – site Internet : www.snj.cgt.fr

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